Sam 17-Nov-2018
Accueil Histoire Géographie Tourisme Religions Enseignement Santé Agriculture Littérature Autres thèmes
COMMUNIQUE DU
CID-VIETNAM

Cliquez ici

CID-VIETNAM
Communiqué
du 20 octobre 2009


COMMUNIQUE

A nos amis lecteurs.

Pour cause de déménagement, indépendant de notre volonté, le CID-VIETNAM doit cesser provisoirement le service d’accès à sa documentation.

Nos fidèles lecteurs seront avisés dès que nous serons en mesure de reprendre ce service.

Nos abonnés recevront dans les délais prévus les trois numéros annuels du bulletin signalétique.

ANNONCE

A PARTIR du MOIS de SEPTEMBRE 2013 :

Les membres du CID-VIETNAM pourront vous rencontrer le dernier jeudi de chaque mois de 14h30 à 17h

Au FOYER VIETNAM
80 rue Monge
75005 PARIS
(métro : Place Monge)

FOYER VIETNAM

Le Foyer Vietnam
80 rue Monge - 75005 Paris

Un lieu de rencontres, d’échanges, de découvertes

Ouvert à tous ceux qui veulent découvrir le Vietnam, le Foyer Vietnam propose un lieu associatif convivial et pluriculturel.

Vous pouvez y découvrir des expositions, des animations musicales; consulter des livres et journaux en français et en vietnamien mis à disposition par le CID VIETNAM...



Cliquez ici pour plus d'infos...

Liens
1515457
Date : 12/02/2010 20:00
Le CID-Vietnam célèbre les 1000 ans de Ha Noi

En cette année 2010 où l’on célèbre les 1000 ans de Hanoi, il serait juste de célébrer aussi les 120 ans d’un de ses enfants un peu injustement oublié. Le peintre Nam Son né à Hanoi en 1890 a toujours vécu dans sa ville natale et il a été l’instigateur et le co-fondateur d’une de ses plus prestigieuses institutions, l’École Supérieure des Beaux-Arts.

NAM-SON

C’était un artiste de grand talent. Il s’est éteint doucement chez lui à Hanoi en 1973, alors que son pays en guerre, n’avait pas la sérénité suffisante pour honorer sa mémoire comme il l’aurait mérité. Il s’appelait Nam Son. C’était du moins son nom d’artiste, Nguyên Nam Son. Aujourd’hui encore, subsiste autour de ce nom une polémique : alors que, dans tous les textes français (1) sur l’art vietnamien, Nam Son est présenté comme le co-fondateur (avec le français Victor Tardieu) de l’École Supérieure des Beaux-Arts de Hanoi, il semble que ce « titre » lui soit contesté dans son pays.

De son vrai nom, Nguyên Van Tho, il était né à Hanoi, à la fin du 19e siècle. Le destin, parfois facétieux, allait un jour le rapprocher d’un homme qui ignorait encore tout (ou presque) de ce pays si lointain pour lui, un homme qui alors, avait juste vingt ans et n’était qu’un jeune élève à l’École des Beaux-arts de Paris, un étudiant encore inconnu, mais qui allait vite faire connaître son nom dans le monde des arts : Victor Tardieu.

Nam Son / Victor Tardieu. Les deux noms seront inséparables, un jour.

Paris 1920. Victor Tardieu est maintenant un peintre reconnu et estimé, il a cinquante ans, il a fondé une famille, il a fait la guerre, il a reçu de nombreux prix et récompenses pour ses œuvres. C’est un homme et un artiste comblé qui reçoit, avec le « Prix Indochine », une bourse de voyage pour la lointaine colonie. Donc, en 1922, il débarque au Vietnam (qu’on appelle alors l’Indochine) ; il a laissé en France femme et enfants, son absence ne sera pas longue, quelques mois, un an au plus, mais…

Hanoi 1922. Le jeune Nam Son travaille à la Direction générale de l’Instruction Publique ; il dirige l’illustration des manuels scolaires en langue vietnamienne. Il a eu la chance en effet de recevoir une éducation peu ordinaire : orphelin de père à l’âge de quatre ans, il a été élevé par une mère attentive et tendre, qui a confié son éducation à un vieux « lettré » Phan Nhu Binh. Enfant, Nam Son est initié très jeune à la poésie, à l’art, à la philosophie et à la calligraphie chinoise. Mais Phan Nhu Binh, malgré son érudition et son respect de la tradition, est un homme tourné vers l’avenir et l’avenir au Vietnam, en cette première moitié du 20e siècle, c’est l’Occident et en particulier la France. Aussi, lorsque son jeune pupille aura dix ans, il le confie à l’école franco - vietnamienne, tout en poursuivant, à la maison, son éducation traditionnelle et notamment son apprentissage des caractères chinois. Bon élève, Nam Son entrera ensuite au lycée du Protectorat. Il aura donc reçu non seulement une double formation : traditionnelle et sino-vietnamienne d’une part, moderne et française d’autre part, mais aussi une formation d’humaniste, de lettré, d’artiste, de poète… C’est sans doute cette éducation parfaite qui lui donnera les qualités intellectuelles, morales, artistiques et humaines que Victor Tardieu appréciera tant chez lui.



Car voilà enfin la rencontre avec le maître Victor Tardieu ! C’est le français Paul Monet qui a suscité cette rencontre ; impressionné par la qualité des dessins que le jeune Nam Son a réalisés bénévolement, pour le foyer des étudiants annamites (2) , Paul Monet « arracha au maître français la promesse de s’occuper de ce jeune vietnamien… » (3) . Victor Tardieu propose donc aimablement à Nam Son de le recevoir chaque dimanche après-midi : dans un premier temps, il se contente de regarder, de commenter et de critiquer les dessins du jeune homme. Un jour cependant, il demande un service à Nam Son : pourrait-il se charger du recrutement des « modèles » dont il a besoin pour la grande fresque que lui a commandée l’Université de Hanoi? Hélas, répond Nam Son, le « métier » de modèle est inconnu au Vietnam où la peinture, art de pure imagination, n’a pas recours aux modèles vivants. Désolé d’avoir déçu l’artiste, Nam Son lui propose de poser pour lui : il n’aura aucun mal à trouver les costumes traditionnels, et comme les vacances de Pâques approchent, il sera très disponible… Amusé, Victor Tardieu accepte ; commencent alors pour le jeune Nam Son, revêtu de somptueux costumes, de longues heures de pose, qui vont sceller une réelle complicité entre les deux hommes : Nam Son, observant avec intelligence et sensibilité le maître au travail, découvre, les techniques de la peinture à l’huile. À chaque interruption, il étudie les progrès de l’œuvre sur la toile et il interroge le maître… il apprend. Il aime tant apprendre et il apprend si bien, si vite, que cela émeut l’artiste français qui lui réserve un espace dans son propre atelier ; et tous les jours désormais, le jeune vietnamien vient travailler sous le regard de celui qu’il appelle son maître. Il s’initie à différentes techniques occidentales ignorées des peintres chinois, il apprend, il apprend… Une réelle passion.

Mais Nam Son, aimerait partager cette passion avec ses compatriotes. C’est un tel privilège, pense-t-il que d’être formé par un grand maître occidental. Il se prend à rêver d’une école qui formerait les artistes vietnamiens… une école des Beaux-Arts à Hanoi? Et bien sûr, qui mieux que Victor Tardieu pourrait réaliser ce rêve, lui qui sait si bien faire la synthèse entre art occidental et art oriental ? Car il n’est pas question dans l‘esprit du jeune artiste, que l’art vietnamien soit ignoré par un enseignement exclusivement français.
Mais un projet d’une telle importance n’entre pas du tout dans les prévisions de Victor Tardieu : après avoir rempli sa mission en Indochine, il rentrera dans son pays où il poursuivra son œuvre. Seulement voilà… le jeune disciple sait trouver les arguments convaincants et le maître finit par accepter l’idée d’une École des Beaux-Arts à Hanoi… Oui, il fondera cette école. Oui, il la dirigera… Cela signifie qu’il va s’installer pour une longue période (définitivement ?) dans ce pays, où il n’était venu que pour quelques mois, un an peut-être…
Alors tout va très vite : dès le mois d’octobre 1924, « un arrêté paru au Journal officiel annonce la création à Hanoi de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine » (4) et peu après, est constituée une « Mission Victor Tardieu » chargée de procéder en France au recrutement des professeurs et à l’acquisition du matériel. Nam Son est nommé secrétaire de cette mission programmée, entre janvier et septembre 1925.

C’est ainsi que le jeune vietnamien réalise deux rêves : il découvre Paris et il prépare l’ouverture d’une école des Beaux-Arts dans son pays. À Paris, pour lui, pendant ces quelques mois, les journées sont bien remplies : la matin il travaille à l’École des Beaux-Arts, dans l’atelier de Jean-Pierre Laurens, l’après-midi il suit, à l’École des Arts décoratifs, les cours de Félix Aubert, le soir il apprend le modelage… il lui reste parfois un peu de temps en semaine ? Alors, il se balade dans Paris et fait des croquis. Le dimanche ? Il fréquente les grands musées de la capitale, ou bien il s’enferme dans la bibliothèque de Victor Tardieu pour dévorer le plus d’ouvrages possible ! C’est en effet dans l’appartement de Victor Tardieu qu’il est logé pendant ce séjour à Paris, et le soir il dîne à la table familiale. Pas de doute : Nam Son est vraiment devenu un enfant de la famille. Mon fils spirituel, dira Victor Tardieu ; Nam Son préférera le mot disciple : à Hanoi comme à Paris, il a tant appris avec ce maître !
Et dès octobre 1925, c’est l’ouverture à Hanoi, de L’École des Beaux-Arts d’Indochine. Hélas, Victor Tardieu souffrant, n’a pu faire le voyage ; Nam Son est donc rentré sans lui à Hanoi ; il est accompagné d’un enseignant français (5), avec qui il prépare la première rentrée de l’École, en organisant le recrutement des candidats et en faisant passer les premières épreuves du concours d’admission. Victor Tardieu guéri, arrivera à Hanoi à la fin des épreuves et pourra accueillir la première promotion de l’École dont il a été nommé Directeur : dix étudiants titulaires et une vingtaine d’étudiants libres, tous vietnamiens.

Victor Tardieu sera un Directeur compétent, généreux et infatigable, secondé dans son travail par le fidèle Nam Son, qui aura plus d’un rôle à jouer, enseignant, secrétaire, intendant, documentaliste… Bref, le plus proche mais aussi le plus précieux des collaborateurs pour Victor Tardieu.
Un an après cette première rentrée, une section d’Architecture est créée… l’École des Beaux-arts de Hanoi est une belle réussite, une pépinière de talents vietnamiens…
Hélas, il y aura la mort de Victor Tardieu en 1937, puis la guerre, l’invasion japonaise, les bombardements sur Hanoi, ensuite ce sera la Révolution avec le repli des enseignants dans le maquis, puis encore la guerre… Il faudra attendre de longues années pour qu’une jeune École des Beaux-Arts renaisse à Hanoi… Nam Son, très affecté par tous ces évènements, renoncera à sa carrière de peintre (6) . Il a une famille à nourrir : il ouvrira un petit atelier de tissage…

Mais on peut toutefois s’interroger : pour quelle raison les vietnamiens refusent-ils aujourd’hui à Nam Son, ce titre de co-fondateur de la première École des Beaux-Arts de Hanoi ? Dans un entretien avec Dominique de Miscault (7) , Huu Ngoc évoque un malentendu linguistique, (sur les mots nguoi thanh lap et nguoi sang lap) Rien d’autre ?
Ce qui est certain, c’est que sans Nam Son, il n’y aurait sans doute pas eu (du moins à cette époque) d’École des Beaux-Arts à Hanoi : Victor Tardieu n’avait absolument pas l’intention de s’établir en Indochine, il songeait déjà à son retour en France, mais l’enthousiasme et la fougue de son jeune disciple ont bousculé ses projets de carrière et de vie. S’il a fallu tout le charisme du maître, pour que le rêve du disciple devienne réalité, on peut tout de même reconnaître en Nam Son le véritable instigateur de cette fondation. Ensuite, Nam Son a toujours été dans l’ombre du Directeur, un fidèle « assistant », qui a contribué à la bonne marche de cette école, dont on a pu dire qu’elle a été « une brillante réussite de l’acculturation Orient-Occcident, allant au delà des perspectives colonialistes » (8) . Or cette réussite, c’est évidemment à Victor Tardieu qu’elle est due, mais c’est parce que cet artiste était un homme ouvert, très curieux et très respectueux de la culture vietnamienne, et qu’il a su entendre les « conseils » d’un jeune artiste vietnamien, notamment en ce qui concerne l’enseignement à l’École de Hanoi, d’arts ou d’artisanats spécifiquement vietnamiens comme la peinture sur soie, la laque, mais aussi le tissage, la vannerie, la céramique etc…
Certains reprochent peut-être à Nam Son, une « collaboration » étroite et fidèle avec une personnalité éminente de la France coloniale… Allons donc ! Il ne faut pas tout confondre : collaborer avec l’artiste Victor Tardieu, n’était pas la même chose que collaborer avec un riche planteur exploitant et terrorisant ses employés « indigènes », ou avec un maître de maison maltraitant ses domestiques « annamites ». Victor Tardieu avait le plus profond respect pour la culture vietnamienne ainsi que pour les professeurs et les étudiants vietnamiens. Victor Tardieu n’a jamais montré (sans doute parce qu’il ne le ressentait pas) le moindre mépris pour un « annamite ». Et l’on peut d’ailleurs penser que si tous les colons français s’étaient comportés comme lui, les relations entre la France et le Vietnam auraient évolué bien différemment. (Pour s’en assurer, relisons la belle « Lettre de Hanoi » (9) de son fils Jean Tardieu : elle ne dit pas autre chose.)

N’allons pas réécrire l’histoire ! Toutefois il serait bon aujourd’hui, en toute sérénité, de dissiper les malentendus, qu’ils soient linguistiques ou idéologiques, afin de transmettre aux enfants du Vietnam, une véritable mémoire.
Les jeunes vietnamiens qui fréquentent en cette année 2010, l’École des Beaux-Arts de Hanoi, sont nés après le Doi Moi. Ils n’ont connu ni l’après-guerre, ni la guerre américaine, ni la guerre d’indépendance, ni la Révolution… Quant à l’époque coloniale, pour eux, c’est de la préhistoire ! Mais c’est leur Histoire et ils doivent pouvoir la lire avec sérénité, afin d’en mesurer toute la grandeur, mais aussi d’en connaître toutes les faiblesses ou les erreurs, sans lesquelles il n’y a pas de grandeur. Il est donc essentiel de leur dire ce qu’ils doivent aux deux fondateurs de leur École : Nam Son et Victor Tardieu. Deux hommes, un vietnamien, un français, qui avaient tous deux, non seulement un grand talent, mais aussi une immense valeur morale, deux hommes dont les noms sont liés à jamais et qui ont eu réciproquement (malgré pourtant leur différence d’âge et de statut social) une riche influence l’un sur l’autre. Ils ont réussi, là où tant d’autres ont échoué, ils ont créé ensemble une œuvre respectable. Un superbe métissage.
Nam Son a toujours honoré la mémoire de son maître : sur l’autel des ancêtres, de sa petite maison de Hanoi, il a jadis placé le buste en bronze de Victor Tardieu, et tous les ans, le 2 juin (10) , il a célébré la cérémonie anniversaire de la mort du maître. Jusqu’au jour de sa propre mort en 1973.

Mais après lui, ses enfants ont repris le flambeau et aujourd’hui encore, ils ne laisseront jamais passer cette date anniversaire, sans se recueillir devant le buste qui eut un jour sa place à l’École des Beaux-Arts de Hanoi. Le buste de celui qui avec leur père a naguère fondé cette école. Ils se souviennent… Ne serait-il pas juste que les étudiants de l’école puissent aujourd’hui, eux aussi, savoir et se souvenir ? Et rendre hommage, en toute sérénité, à deux artistes à qui ils doivent beaucoup, mais surtout à leur compatriote le peintre vietnamien Nam Son.


Janine Gillon
Paris. Janvier 2010


(1) Cf. notamment le superbe ouvrage de Corinne de Ménonville, « La peinture Vietnamienn - De la tradition à la modernité - » (Éd. Arhis. Paris 2003), qui consacre de très belles pages à Nam Son, co-fondateur de l’Ecole sup. des Beaux-arts de Hanoi.
(2) Foyer fondé par Paul Monet, qui après avoir été « attaché au service géographique, avait pris sa retraite à Hanoi pour y poursuivre son œuvre de fraternel rapprochement franco-vietnamien » A .N. Beun in « Orient-Occident N° 5 (11-1952). Paul Monet est l’auteur d’un ouvrage célèbre : « Les Jauniers », qui dénonce l’exploitation de la main d’œuvre annamite.
(3) A.N. Beun op. cit.
(4) A.N.Beun op.cit.
(5) Joseph Inguimberty recruté à l’école des Arts décoratifs.
(6) Son œuvre avait connu une belle reconnaissance, avec, en France, une médaille d’argent au « Salon des Artistes français » de 1932 pour sa toile « Ma mère ».
(7) cf. Huu Ngoc in Courrier du Vietnam . 11-06-2006.
(8) Huu Ngoc op. cit
(9) Jean Tardieu. Lettre de Hanoi. Éd. Gallimard. Paris 2001. (Lettre écrite dans les années 30., par Jean, le fils de Victor Tardieu, mais dont par respect pour le devoir de réserve de son père, l’auteur a toujours refusé la publication de son vivant.
(10) 2 juin 1937 : jour du décès de Victor Tardieu.




Page d'accueil
CID-VIETNAM@2006