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CID-VIETNAM
Communiqué
du 20 octobre 2009


COMMUNIQUE

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FOYER VIETNAM

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Date : 25/03/2008 21:00
Claude GENDRE. Le DÊ THAM (1858-1913). Un résistant vietnamien à la colonisation française. Paris, Ed. L’Harmattan, 2007.

UN TIGRE OUBLIÉ

Avec cette biographie très complète, Claude Gendre tire de l’oubli celui qu’on a appelé le « Tigre du Yen-Thê », le premier Résistant Vietnamien au Protectorat Français, qui eut son heure de gloire dans la littérature coloniale de la première moitié du 20e siècle. Certains considèrent Ho Chi Minh comme son héritier, et d’après les historiens, il fut un stratège de génie, auquel les résistants Viet Minh emprunteront, des années plus tard, les redoutables tactiques. Aujourd’hui, à Hanoi, une large avenue, proche du Lac de l’Ouest, porte son véritable nom : Hoang Hoa Tham, mais sous ce nom, ou sous celui du « Dê Tham » il est pratiquement inconnu en France, et un peu oublié, même au Vietnam, où il n’a pas la renommée d’un Phan Boi Chau ou d’un Phan Chu Trinh, et pourtant, quel personnage de légende ce fut ! Et quel roman d’aventures que sa vie !

Claude Gendre n’est pas historien, mais c’est en historien rigoureux (*) qu’il a composé cet ouvrage. A l’origine, pour notre auteur, il y a eu un grand-père, membre du corps expéditionnaire en Indochine à la fin du 19e siècle : des notes, des carnets, des vieux papiers… feuilletés avec curiosité comme des souvenirs de famille… Mais il était si souvent question dans ces papiers, d’un rebelle annamite, d’un ennemi redoutable, d’un « pirate », échappant toujours aux autorités françaises, que le petit-fils a voulu en savoir davantage sur ce personnage étonnant, que son ancêtre évoquait avec insistance, et il se décida à aller au-delà du témoignage vivant. Et c’est alors qu’il entreprit en historien, un véritable travail de recherche dans les archives et dans les ouvrages historiques, mais aussi dans les romans et dans la presse de l’époque, pour essayer de savoir qui était vraiment ce Dê-Tham, ce « Tigre du Yen-Thê » que son grand-père avait combattu et qui ressemblait davantage à un héros de légende qu’à un simple mortel.

Et c’est vrai qu’il a tout d’un personnage mythique, ce Dê-Tham, « né en 1858, l’année même de la première agression militaire française contre l’Empire d’Annam… », qui a tenu tête, avec une réputation d’invincibilité surnaturelle, « pendant un quart de siècle à des troupes françaises vingt fois supérieures en nombre aux siennes. »

Contrairement aux grands leaders résistants à la colonisation française, comme Phan Chu Trinh, Phan Boi Chau ou même Ho Chi Minh, tous très cultivés et issus de familles de grands lettrés, le Dê-Tham est un fils de paysan, un pauvre gardien de buffles illettré, orphelin très jeune (c’est un tigre qui aurait dévoré sa mère au lieu dit La gueule du chien , quoi de plus romanesque ?). Sociétés secrètes, anecdotes inimaginables, comme cette scène de pilage de graines sèches de datura, chez un fabricant de pousse-pousse, afin « de faire l’économie du massacre des soldats européens (…) et d’y substituer leur empoisonnement », qui aura de spectaculaires conséquences (« …les médecins militaires trouvent les 200 victimes de l’empoisonnement dans un état d’hallucination proche de la folie ‘… ’ Quelques soldats plus touchés que d’autres seront retrouvés juchés dans les arbres : l’un d’eux, complètement nu, fera le tour de Hanoi à bicyclette toute la nuit…), folles cavales, accords secrets, soumission apparente à l’ennemi, légende d’une invulnérabilité d’origine divine… Tous les ingrédients d’un roman fabuleux sont là, et accompagnent le Dê-Tham jusqu’à la trahison par un proche, qui provoquera sa capture et sa mort. Mais au delà de la mort encore, le Dê-Tham restera un personnage de légende, puisque son cadavre profané, sera « ouvert en deux, de la nuque au sacrum », sans doute pour y chercher la fameuse pierre de jade, censée lui assurer l’invincibilité, qu’il aurait trouvée jadis, –signe des Génies Protecteurs ?- dans le corps d’un mille-pattes.

Il n’est pas étonnant que ce personnage hors du commun ait été très populaire non seulement chez les « Annamites», mais aussi au sein de la communauté française. Sur l’heure de gloire qu’a connu le Dê-Tham dans la presse francophone, dans les romans, les cartes postales, etc. il faut absolument lire, dans les Carnets du Vietnam (Nº 16), l’excellent commentaire de Philippe Dumont, qui avec une séduisante iconographie, complète de façon très convaincante le propos de Claude Gendre, notamment sur cette popularité du Dê-Tham et sur les fantasmes que ce personnage a fait naître dans l’imaginaire de ceux qui le combattaient. « Il fascine autant les Français qu’il éblouit ses compatriotes» conclut Philippe Dumont.

Reste à savoir si l’on peut trouver aujourd’hui, des traces écrites en langue vietnamienne, de cette admiration que ses compatriotes vouaient au rebelle mythique. À n'en pas douter, de tels écrits « partisans» ont été censurés, interdits, clandestins pendant toute la période coloniale, donc difficilement conservés, s’ils ont jamais existé. Peut-être, reste-t-il une mémoire vive dans la tradition orale ?

Il est certain qu’à travers la reconstitution de ce héros de légende, tel qu’il a été perçu par ses contemporains-adversaires français, et avec une documentation sérieuse sur le contexte historique, c’est toute l’histoire de la première Résistance vietnamienne à la colonisation, que nous fait vivre Claude Gendre dans son ouvrage, et l’on peut suivre le cheminement de cette rébellion à travers les mouvements du Can Vuong et du Duy Tan… qui aboutiront au Viet Minh… -on connaît la suite !- Et en cela, le livre de Claude Gendre est d’un immense intérêt historique et politique…

Il n’empêche qu’un roman reste à écrire, celui du Tigre du Yen Thê, le petit gardien de buffle né dans une pagode, qui ne savait ni lire ni écrire, dont la mère a été dévorée par un tigre, le pirate redouté par les plus hauts dignitaires du Protectorat, le meneur d’hommes dont la réputation d’invulnérabilité surnaturelle agace mais fascine les officiers de l’armée française, le « concessionnaire formellement irréprochable », dont se méfient Résidents et Gouverneurs, le banni aux cavales légendaires, celui qui combattra jusqu’à la mort, pour la « libération » de sa patrie, n’ayant, lui, aucune autre idéologie politique ou économique, que l’amour de la patrie et de la liberté, aucune autre devise en somme, que celle qui sera adoptée un siècle plus tard par qui nous savons : Indépendance et Liberté…

Ce roman vrai, d’un héros extraordinaire, on rêve qu’un écrivain vietnamien l’écrive aujourd’hui.


Note. (*) La belle préface que l’historien érudit Charles Fourniau, a consacré à l’ouvrage de Claude Gendre, représente à nos yeux une garantie incontestable de la rigueur historique de l’auteur.


Janine GILLON
Paris. Mars 2008

Ce livre est disponible au CID Vietnam. Cote B.1518

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